Table ronde du Festival

La fiction française se donne-t-elle les moyens d’exister à l’international ?

Table ronde - Vendredi 16 septembre 2016 - 10h30 Théâtre Verdière, La Coursive

Le monde audiovisuel s’internationalise, se mondialise et se concentre.
Les opérateurs téléphoniques (Orange, SFR), plateformes de diffusion (Netflix, Youtube, etc.) et autres acteurs puissants du numérique décident d’investir à grande échelle dans la production de séries mondiales susceptibles d’inonder le marché.

Dans ce contexte international, la fiction française a pris du retard. En 2015, le volume de production est limité à moins de 800 heures (contre plus de 950 heures en 2005) quand l’Allemagne en produit plus de 2 000 heures et que la Grande-Bretagne a créé plus de 400 séries en sept ans. Peu de nos séries s’exportent, alors que les pays scandinaves (Suède, Danemark, Finlande, Norvège) ont construit depuis plusieurs années un vrai savoir-faire et déployé une grande créativité. D’autres, jusqu’ici quasi inexistants sur le genre, tels la Turquie (avec des séries comme Gümüs, Le Siècle magnifique, The End) ou Israël (Hatufim, Asfur), ont développé une production abondante suscitant la curiosité internationale, jusqu’aux Etats-Unis. En 2014, la Turquie était même le premier pays exportateur en nombre de séries, devant les Etats-Unis (36% vs 34%), le genre rapportant 150 millions de dollars au pays.

Et pourtant...

Depuis plus d’un an, la fiction française multiplie des succès d’audience sur les antennes nationales, le métier de distributeur vient enfin d’être reconnu et quelques séries s’invitent enfin sur le marché international.

La fiction française serait-elle en train de se donner les moyens d’exister à l’international ?
La réforme de l’audiovisuel et les accords conclus entre les producteurs et TF1 d’un côté, France Télévisions de l’autre, montrent que les choses bougent. En augmentant leur part de production dépendante, leur permettant d’avoir « un retour sur investissement » sur le genre télévisuel le plus cher à produire, les chaînes vont-elles mieux et plus investir dans la création dépendante mais aussi indépendante, augmentant un volume de production jugé insuffisant par tous ? Vont-elles diversifier les genres et les cases, encore trop réduits au policier et à la fiction de prime time ? Quels engagements les diffuseurs privés et publics peuvent-ils prendre pour dynamiser le secteur ? Quelles ambitions devront-ils développer ?

De leur côté, comment les pouvoirs publics peuvent-ils soutenir la fiction télévisuelle française pour qu’elle se positionne, à l’image du cinéma français, dans le top 5 des pays les plus créatifs, les plus productifs et les plus attractifs du monde ? Ne faut-il pas soutenir plus et mieux la création télévisuelle, au même niveau que le cinéma ?
La coproduction internationale est-elle également un enjeu essentiel au développement de la fiction française ? Faut-il la dynamiser et multiplier les accords inter-pays, comme ceux qui existent déjà avec le Canada ou l’Allemagne ?

D’autre part, quel rôle et quel pouvoir le distributeur peut-il avoir dans ce nouvel ensemble ?
Doit-il investir plus en amont dans les projets, et plus d’argent aussi ?

Et dans ce contexte, la fiction française doit-elle s’industrialiser et se formater aux standards internationaux, ou, au contraire, affirmer sa différence, sa singularité, son identité propre ?
En ne créant pas assez de programmes de jeux, la France a été contrainte d’adapter des formats internationaux durant de longues années. Ne court-on pas le même risque, sur la fiction, alors que tant de pays augmentent chaque année leur volume de production et montrent leur capacité d’innover ?

Le paysage audiovisuel français est à un moment charnière de son histoire. Les chaînes, producteurs, créateurs ont retrouvé confiance dans leur fiction, améliorant sa qualité, dynamisant ses ventes à l’international (38,9 M€ de ventes en 2014, soit une hausse de 49,3% en un an), et son impact sur un public national qui avait eu tendance à la délaisser en faveur de la fiction américaine. Une nouvelle étape, plus rayonnante et conquérante encore, est désormais à franchir : celle de la reconnaissance à l’international pour mieux financer notre fiction nationale et se donner les moyens d’augmenter les volumes de production, pour être plus compétitifs face à des groupes mondiaux à qui on achète aujourd’hui des formats, pour montrer que notre fiction peut être innovante, singulière et créative.